Repères de crue : un patrimoine à sauvegarder et à construire

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crédit : Territoire Rhône

Elodie Grassot, chargée de mission Inondations à Territoire Rhône (*) fait le point sur le travail de recensement des repères de crue du Rhône engagé depuis avril 2009

Pouvez-vous nous rappeler le contexte, les objectifs de cette opération ainsi que la démarche adoptée ?

L’art contemporain contribue à la mise en valeur du Rhône et propose un autre regard sur le fleuve. Ce dernier, en écho, sensibilise à cette discipline artistique. Rencontres avec des artistes et des porteurs d’initiatives qui illustrent cette nouvelle relation « fleuve-art ».

Une loi du 30 juillet 2003 confie aux maires la responsabilité de la gestion des repères de crue : leur recensement, leur entretien et la pose de nouveaux repères correspondants aux crues nouvelles. Le volet inondation du Plan Rhône a inscrit cette action au titre de l’information et de la sensibilisation au risque inondation. Territoire Rhône a souhaité porter cette opération et intervenir avec quatre objectifs :

  • accompagner les maires dans leurs obligations réglementaires,
  • sensibiliser les acteurs et la population riveraine à la mémoire du risque,
  • protéger la valeur patrimoniale de ces repères menacés de disparition et/ou en mauvais état,
  • réaliser une banque de données à l’échelle du Rhône.

Le recensement engagé en avril 2009 sur deux secteurs, le Rhône amont - de Challex (01) à Lyon - et le Rhône moyen - de Lyon à Montélimar (26) -, se poursuit actuellement sur le Rhône aval. Les maires, partenaires ressources et associations concernées par la thématique sont sollicités pour indiquer les localisations de ces marques témoins des grandes inondations. Sur la base des informations recueillies, des enquêtes de terrain conduites par Territoire Rhône permettent de vérifier, compléter et harmoniser ces indications pour alimenter une base de données.

Quel est l’intérêt patrimonial de ces repères de crue ?

Les repères de crue alimentent le patrimoine des connaissances sur le fleuve. Ces marques matérialisent les plus hautes eaux d’une inondation donnée, la date, la fréquence, la période propice… Leur intérêt est indéniable car c’est un outil simple, lisible, accessible depuis la voie publique et qui permet de sensibiliser et transmettre la mémoire collective des crues du Rhône. Dans un contexte où les populations sont confrontées aux inondations, ces repères participent à la diffusion de la culture du risque.

Quelles sont les possibilités de valorisation de ce patrimoine ?

L’état des lieux que propose ce recensement montre l’existence de ce patrimoine, le porte à connaissance et démontre la nécessité de le conserver. La collecte de données, en cours de constitution, sera diffusée de deux façons : d’une part auprès des maires avec l’envoi de fiches de synthèse comprenant l’ensemble des critères caractéristiques de chaque repère, d’autre part à l’ensemble de la population via une base de données accessible sur internet comportant une cartographie interactive et un accès à ces fiches, téléchargeables. Une première mise en ligne pour le Rhône amont et moyen est prévue sur le site de Territoire Rhône courant avril. Sur ces deux secteurs, où 80% du territoire est investigué, 400 repères ont été retrouvés soit une quarantaine de crues de 1616 à 2003. Il convient de préciser que seuls 5 repères de crue antérieurs à 1840 sont répertoriés. Ces repères sont fragiles et menacés (démolitions de bâtiments publics tels que des ponts ou des quais, ravalements de façades de maisons de bourgs anciens,…). Leur entretien et leur mise en valeur s’imposent. De façon implicite, ce recensement peut être le point de départ d’initiatives de valorisation avec leur intégration dans des circuits de sensibilisation aux inondations, ou d’animations lors de la pose de nouveaux repères.

(*) Territoire Rhône : établissement public territorial de bassin composé des 12 conseils généraux : Ain, Ardèche, Bouches-du-Rhône, Drôme, Gard, Hérault, Isère, Loire, Rhône, Savoie, Haute-Savoie, Vaucluse www.eptb-rhone.fr

Eric Morvan, du Service Prévention des Risques de la ville d’Arles (13), témoigne de la démarche communale entreprise quant aux repères de crue

Comment la ville d’Arles a répondu à la réglementation concernant l’inventaire obligatoire des repères de crue et son inscription dans le DICRIM (document d’information communal sur les risques majeurs) ?

La municipalité a effectué le recensement des repères de crue au niveau de la ville et de l’agglomération en faisant appel à un bureau d’études, à un géomètre mais aussi aux habitants. En effet, de nombreux repères existent sur des mas privés en Camargue dont les murs portent la trace de toutes les inondations. Pour la crue de 1856, un repère est retenu sur un quartier et sur un autre pour celle de 1840. Ce dernier peut avoir été déplacé mais il sera néanmoins pris en compte dans le DICRIM en cours de révision. Deux autres nouveaux repères liés à la crue de 2003 vont être installés. Tous ces éléments seront intégrés dans le recensement global de Territoire Rhône.

Quel est l’enjeu de ces nouveaux repères ?

Suite à la crue de 2003, une société en liaison avec la DIREN a procédé au relevé de 16 hauteurs correspondant aux plus hautes eaux connues (PHEC). Le service prévention des risques de la ville d’Arles en a sélectionné deux représentatifs. Ils seront installés dans le quartier du Trébon, très inondé alors, avec un panneau en entrée et un autre à la sortie, la crue ayant été assez linéaire tout le long. Mais il importe de souligner sa hauteur : 1,30 m, ce qui est loin d’être anodin ! Ainsi l’enjeu de ces repères est de fournir une information fiable, lisible, d’accès facile depuis la voie publique, afin de sensibiliser les populations en particulier les nouveaux habitants à une mémoire et culture du risque inondation. Qu’ils n’oublient pas et sachent vivre avec. En résumé, ces repères alimentent le patrimoine des gens du fleuve.

Inventaire des repères, création de nouveaux, certes, mais qu’en est-t-il de leur entretien ou valorisation ?

Les repères de crue sont fragiles, menacés de disparition ou de dégradation. Cela a été le cas pour le repère de 1856 installé sur une façade privée, souillé par un « tag » en 2005. La ville a assuré son nettoyage et les repères dont l’objet d’une surveillance.

Site de la ville d’Arles www.ville-arles.fr

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