La valorisation touristique du Rhône : un double regard

Viarhona
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Alors que des membres d’un institut public sud-coréen viennent découvrir les aménagements touristiques du Rhône, voire s’en inspirer pour l’un de leurs fleuves…

… un couple de la confrérie des bateliers de l’Ardèche, qui organise des descentes de l’Ardèche, a emprunté le Rhône à la rame de Genève à Pont-Saint-Esprit et fréquenté les infrastructures touristiques existantes.

Le Rhône, un exemple grandeur nature

La Maison du fleuve Rhône a accueilli récemment trois membres de l’institut public de la Corée du sud (Daegu-Gyeongbuk development institute) désireux de recueillir des informations sur le développement touristique et culturel du Rhône.

Pouvez-vous nous expliquer le contexte de votre démarche ?
Dans l’aire métropolitaine de Daegu, troisième ville de la Corée du Sud, un projet de développement touristique, culturel et de loisirs du fleuve Nakdong est en cours. Il s’inscrit dans une volonté nationale de restauration des quatre principales rivières du pays afin d’assurer un approvisionnement en eau, d’améliorer sa qualité, de relancer les écosystèmes tout en dynamisant l’économie régionale avec des travaux pour les rendre navigables. Les zones riveraines verront leurs sites patrimoniaux restaurés et des pistes cyclables aménagées. Afin d’alimenter notre réflexion, nous venons voir ce qui s’est passé sur le Rhône, rencontrer des interlocuteurs.

Pourquoi le Rhône ? Quelles similitudes avec le Nakdong ?
Le Nakdong, comme le Rhône, traverse d’importantes agglomérations avant de se jeter dans la mer au terme de 450 km, dont 58 dans l’aire métropolitaine de Daegu (2,5 millions d’habitants). Si le Rhône, avec notamment le couloir de la chimie, est assorti d’une forte connotation industrielle, il a su préserver néanmoins une dimension environnementale. Le Nakdong est encore un espace naturel et sauvage. Des zones de marais avec des îles subsistent. Sa valorisation touristique est à l’étude avec la création d’équipements de loisirs et sportifs, mais de grande envergure, ce qui ne semble pas être le cas pour le Rhône où l’on rencontre davantage de petites structures associant de nombreux acteurs, collectivités, riverains….

Outre la taille des équipements envisagés, n’existent-ils pas d’autres différences entre les deux fleuves ?
Le Nakdong est très peu utilisé hormis une petite activité de pêche. Ainsi à Daegu, il n’y a pas de port car il n’est pas navigable. La voie fluviale pour le transport des marchandises a été délaissée au profit du transport ferroviaire. Mais aujourd’hui l’Etat prévoit la construction de barrages et de retenues. Les relations hommes/fleuve correspondent plus à une découverte qu’à une réappropriation. Le Rhône a évolué par étapes et s’appuie une histoire, des liens avec les riverains. L’intérêt porté à notre fleuve est récent mais l’enjeu est de tracer la métropole. Des initiatives telles que la ViaRhôna, le travail de sensibilisation et d’éducation à l’environnement constituent des pistes intéressantes à explorer.

Naviguer à la rame sur le Rhône

Annick et Alain Champetier ont descendu, en kayak de mer, le Rhône depuis Genève jusqu’à Pont Saint-Esprit en 8 jours cet automne. Ils livrent leurs impressions sur les infrastructures existantes concernant la navigation pour une embarcation à rame.

Membres de la confrérie des bateliers de l’Ardèche, qui organise des descentes touristiques de l’Ardèche, quel regard portez-vous sur les équipements rencontrés lors de votre périple de 385 km sur le Rhône en octobre dernier ?
Partis de Genève à bord de notre K2, kayak de mer deux places gros porteur, nous avons franchi les deux barrages suisses de Verbois et du Martinet. Au niveau des portages, pour le premier, la signalétique est bonne mais la rampe de débarquement compliquée ; pour le second, la difficulté réside dans la rampe d’embarquement avec des blocs anguleux, glissants et donc une mise à l’eau difficile suivant le niveau du Rhône. Sur le parcours géré par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), la signalétique est satisfaisante avec une orientation rive droite ou rive gauche, la localisation des barrages et usines, des rampes de débarquement et d’embarquement… En revanche au niveau du canal de Jonage, des actualisations seraient les bienvenues ! Heureusement les talus, bien tondus, font offices de rampes. Nous souhaitions emprunter le Rhône le plus naturel possible. Cela est possible grâce aux indications de la CNR, même si parfois le Rhône n’était pas porteur à cette période de l’année. En revanche, la qualité de l’eau et des berges, la rencontre avec les cygnes, avec les pêcheurs ont été plus que satisfaisantes.

Selon vous quelles seraient les infrastructures à développer le long du Rhône ?
Il faudrait réaliser un topo pour la navigation. En effet, nombre de personnes ignorent que l’on peut naviguer sur ce fleuve, en ayant bien sûr des compétences en navigation. S’aventurer sur le Rhône nécessite d’indispensables précautions et connaissances : niveau de l’eau, météo, interdictions liées à la préservation de la faune ou autre, interprétation des panneaux… Il ne faut pas oublier que c’est un fleuve et qu’au cours de son parcours, des affluents peuvent le perturber ; les crues de régime cévenol en sont un exemple. Certes un guide de la navigation à moteur sur la partie aval de Lyon existe mais certains tronçons du Rhône naturel n’y figurent pas. Un nouveau topo pourrait comporter différentes indications telles que les distances, les obstacles (barrages, usines), les possibilités d’hébergement, les lieux de ravitaillement et que les villages soient facilement accessibles. Par exemple, si Bourg-Saint-Andéol est magnifique vu du fleuve, une « superbe » déviation coupe la ville et ses habitants du Rhône ! Sur les berges, une signalétique indiquant les musées ou structures parlant du Rhône serait également appréciable. Plus globalement, il est souhaitable que les riverains puissent revivre avec le Rhône grâce à des aménagements : quais, déviations… afin de réapprendre à le connaître, le comprendre, notamment au niveau des crues. Le Rhône, aménagé mais non dompté, demande à être aimé.

Votre prochaine rencontre avec le Rhône ?
Après notre périple en 1995 de Vallon Pont-d’Arc à la mer, en barque traditionnelle, puis notre aventure cet automne en K2 de Genève à Pont-Saint-Esprit, nous projetons de compléter notre rencontre avec le Rhône depuis sa source jusqu’au lac Léman, y compris la traversée du lac.
Retrouvez Annick et Alain Champetier sur www.bateliers.net

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