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Saint-Nicolas, patron des bateliers et des « gens d’eau », persiste dans ses bienfaits et miracles en répondant à nos questions

© Museon Arlaten
Saint-Nicolas, pourriez-vous vous présenter, qui êtes-vous ?
Natif de Patare en Lycie vers 270, je suis devenu évêque de Myre, province d’Asie mineure, l’actuelle Turquie méridionale. De mon vivant et à titre posthume j’ai toujours été à l’écoute des causes désespérées. Plusieurs faits marquants jalonnent ma vie et sont issus de la vénération de mes reliques. Décédé un 6 décembre en 343 (ou 342, je ne sais plus…), mes reliques ont été transférées en 1087 à Bari en Italie du sud. Entre-temps, depuis et aujourd’hui encore, j’inspire une foi qui a pour point d’orgue le 6 décembre, date de ma mort et prétexte à de nombreuses festivités : processions, messe, bénédiction des bateaux, recueillement sur les tombes des victimes de la navigation…
Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
J’ai travaillé sur la Cité Blanche, site particulièrement complexe à appréhender. Classé patrimoine historique, il est coincé entre l’usine Lafarge, les voies ferrées, le Rhône. Il se détériore d’années en années. Et pourtant il déborde d’histoire et de charme. La revalorisation de ce site doit intégrer la volonté de redonner vie à cette ancienne cité ouvrière. La simple réhabilitation du bâti et l’installation d’un musée ne suffiront pas, à notre sens, à sauver le site.
Pourquoi êtes-vous devenu le patron des bateliers ?
Pris dans une tempête, l’équipage d’un navire m’a invoqué. Je pris alors la barre et les ai guidé jusqu’au port, sains et saufs. L’époque des grands déplacements maritimes conjuguée aux difficultés de navigation sur les fleuves tels que le Rhône, avec ses « decizes » et ses « remontes », ont conforté mon rôle de protecteur des mariniers et bateliers. Les premiers ont propagé le culte qu’ils me vouaient au gré des livraisons de marchandises depuis l’embouchure des grands fleuves jusqu’aux ports fluviaux. Les seconds ont à leur tour pris le relais et étendu mon patronage en Russie. La foi des marins s’est ainsi communiquée aux bateliers qui l’ont essaimée à leur tour. Ma protection s’est étendue à tous les gens des rivières et aux métiers liés au transport par la voie d’eau. J’ai également sauvé trois soldats injustement condamnés des mains du bourreau, j’ai ressuscité grâce à mes prières trois enfants dépecés par un boucher et mis au saloir, j’ai offert trois bourses à un père pour marier ses trois filles…
Comment vous fête-t-on ?
A l’époque de la batellerie, chaque patron de barque et son équipage se mettaient sous ma protection bienveillante avant d’affronter le fleuve. « Et que Saint-Nicolas soit avec nous ! » clamaient-ils. Saint de l’hiver, je suis fêté le 6 décembre par les multiples confréries de mariniers. De mémoire, jusqu’en 1856, les bateliers du port de Givors ont organisé une grande fête à cette date et chanté des cantiques. D’autres fêtes votives ont perduré jusqu’à la fin du XIXème siècle à Condrieu, Chateauneuf-du-Rhône… Aujourd’hui, malgré la disparition des grandes dynasties de mariniers, les bateliers des temps modernes maintiennent cette tradition à l’occasion d’une cérémonie religieuse accompagnée d’un rituel corporatif : l’élection du « patron du reinage » ( roi de la marine pour l’année nouvelle).
Où peut-on vous voir ?
J’ai suscité un grand mouvement de foi et sur le parcours fluvial les confréries des bateliers ont bâti de nombreuses chapelles, sanctuaires qui me sont dédiés. Des tableaux, des statues, des ex-voto, des vitraux, des modèles réduits de bateaux fluviaux… sont exposés au regard des fidèles. Ainsi, des statues sont visibles dans différentes églises et musées le long du Rhône et de l’Isère comme à Seyssel, Givors, Vienne, Condrieu, les Roches-de-Condrieu, Chavanay, Vérin, Saint-Pierre-de-Bœuf, le Teil… des tableaux à Serrières, Viviers, Saint-Vallier, Baix, Ancone, Chateauneuf-du-Rhône… une bannière de procession à Mours-Saint-Eusèbe, un oratoire à Bourg-lès-Valence… Quoiqu’il en soit, je demeure vivant dans le coeur des mariniers et des gens d’eau !

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