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Yves Neff, co-producteur de Çadéraille s/Rhône, transhumance artistique le long de ViaRhôna…
…témoigne de la première édition conduite en 2009 et qui se concrétisera au fil des années jusqu’en 2012.
Du 24 juin au 9 juillet, de Culoz à Givors, l’équipe d’artistes et techniciens des Compagnies Drôle d’Equipage et Tracas d’Affaires a parcouru ViaRhôna. Pourriez-vous nous rappeler l’enjeu de cette démarche ?
Le plus difficile dans ce type de projet, c’est de commencer, ça y est c’est fait ! En 215 km, nous avons pu entreprendre la construction de Çadéraille S/Rhône, cité de 19 citoyens prêts à relever quelques défis, celui d’être autonome à vélo avec leur matériel, de s’inscrire dans chacun des lieux partenaires – chaque commune accueillante devenant pour un temps la commune de Çadéraille S/Rhône – et de partager cette aventure par la réalisation d’évènements artistiques particuliers.
Pour cette année de préfiguration, notre transhumance le long du Rhône nous a permis de prendre des repères.
L’enjeu pour nous est de chercher à rendre compte de ViaRhôna autrement, en nous appuyant sur notre expérience des pratiques artistiques pour constituer lors de nos étapes, au plus près du fleuve, des formes de spectacles prenant en compte la spécificité des lieux et des publics.
Cette année - et nous poursuivrons l’expérience en 2010 - nous avons également proposé un Journal Télévisé tous les soirs à 20h (ou presque). Vous pouviez aussi bien y retrouver des scènes se rapportant à notre projet artistique que des entretiens liés au thème du fleuve. Pour les retardataires, il est toujours possible de les consulter sur notre site www.caderaille.org.
A l’issue de cette première déambulation, quels sont les points forts marquants ?
J’avais déjà travaillé pour des espaces atypiques, pour la rue, pour des festivals en pleine nature ou au milieu des bois, mais je n’avais jamais été confronté à un tel « dépaysement » temporel. Après une journée passée à vélo, on ne peut pas aborder nos pratiques artistiques de la même façon. Chacun des territoires traversés, chaque étape occupe notre attention, l’urgence s’il y en a une, c’est de se « poser », de rencontrer nos hôtes, visiter les lieux au rythme du fleuve.
Nous avions souhaité dans l’élaboration de ce projet changer nos façons d’appréhender nos métiers, la confrontation à la réalité du terrain nous a amené à en mesurer l’impact sur nos pratiques.
A partir de l’expérience de cette première édition, nous savons que le travail préparatoire est très important. Il nous faut, avec le soutien de quelques belles rencontres faites tout au long du parcours, développer la lisibilité de notre présence.
Globalement, nos propositions artistiques ont permis de créer des liens et susciter un véritable intérêt pour nos créations.
Les principales difficultés que nous avons pu rencontrer sont liées à nos déplacements en dehors de ViaRhôna, sur les axes routiers, où les camionneurs et automobilistes ne sont pas habitués à la cohabitation, le plus déroutant restant la sortie de Lyon, partie urbaine très engorgée où le vélo n’a pas sa place.
Comment envisagez-vous la prochaine édition en lien avec le développement de ViaRhôna ?
Pour la suite, nous sommes confiants. La dynamique qui anime l’ensemble de l’équipe reste intacte, la volonté de poursuivre et d’améliorer l’événement est lisible dans l’investissement de chacun, les partenaires qui nous ont suivi en cette année de préfiguration semblent vouloir prolonger l’aventure, d’autres nous ont déjà contacté pour créer de nouvelles étapes, ce projet continue à faire rêver, nous les premiers.
Maintenant que nous avons su démontrer la viabilité du projet, nous allons travailler à son développement, nourrir les rencontres ébauchées, faire évoluer les propositions artistiques, donner du sens à notre présence en des lieux peu fréquentés par les équipes artistiques, mais surtout raconter des histoires, l’histoire d’une cité imaginaire, Çadéraille S/Rhône commune volontairement itinérante, dont le choix de faire du vélo son mode de déplacement privilégié, nous rend très attentifs au développement de ViaRhôna et surtout nous oblige à nous questionner plus largement sur nos comportements au sein de nos cités, n’est ce pas le rôle des utopies ?

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