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Rémi Masson, photographe et plongeur
« A la rencontre des silures, les seigneurs du Rhône »
Plongeur en apnée en eau douce depuis 15 ans, qu’est ce qui vous a motivé pour aller à la rencontre des silures ? Quelle idée aviez-vous d’eux ?
J’ai commencé la plongée au lac d’Annecy, puis exploré celui du Bourget, avant de plonger dans les proches torrents de montagne et les autres lacs alpins. Dans tous ces milieux, le silure est actuellement absent. Je ne connaissais rien de sur ces poissons hormis ce que j’avais pu lire dans la presse, à l’occasion de capture de silure record par les pêcheurs.
Mais le silure fascine. Il ne se passe pas un 1er avril sans qu’un journal ne profite de cette date pour faire courir la rumeur de chien dévoré ou de baigneur attaqué. Je ne sais pas exactement pourquoi. Peut-être est-ce en raison de sa silhouette serpentine ou parce que dépassant facilement les deux mètres de long, le silure fait un peu figure de monstre en France ? D’autant qu’avec la surexploitation des océans, même en mer Méditerranée, il est peu courant de rencontrer des poissons de cette taille.
J’ai donc cherché à en savoir un peu plus sur ce poisson mystérieux et suis parti à sa rencontre dans les eaux chaudes (tout est relatif) des lacs de Provence. En effet, dans certains plans d’eau, comme le lac de Saint Cassien dans le Var, déjà célèbre pour ses carpes de plusieurs dizaines de kilos, il a été introduit en grand nombre.
J’ai eu de la chance car dès mes premières plongées j’ai pu apercevoir plusieurs silures dont un magnifique silure albinos d’1m50. J’ai même eu le plaisir de pouvoir nager avec un énorme spécimen de plus de 2m30. Mais le silure est un poisson nocturne et les individus que je rencontrais la journée étaient le plus souvent immobiles sur le fond. C’est pour cette raison que j’ai pensé plonger en fleuve, l’authentique royaume du silure puisque c’est de cette manière qu’il a pu coloniser l’ensemble du territoire français.
Comment cela s’est passé ?
Le problème des fleuves, c’est la turbidité de l’eau. L’eau est en effet toujours trouble, à des degrés variables il est vrai, et la visibilité est parfois quasi nulle, notamment juste après des précipitations ou encore en période estivale. L’autre difficulté concerne le courant souvent important et la navigation qui rendent la plongée, et à plus forte raison la plongée en apnée, dangereuse. Je gardais donc ce projet en mémoire, sans savoir si je pourrai le réaliser un jour.
C’est alors que j’ai été contacté par Damien Modrac, un spécialiste de la pêche du silure, mais aussi un très bon plongeur en apnée, curieux lui aussi d’observer les silures dans leur milieu naturel. Il connaissait un endroit qui semblait pouvoir convenir pour une plongée dans de bonnes conditions. C’est ainsi que plusieurs mois plus tard nous nous sommes retrouvés dans le Rhône, au sud de Lyon, en aval de la chute d’eau d’un barrage.
Depuis portez-vous un autre regard sur ces poissons ? Il semble que cette rencontre ait été formidable, pourquoi ?
J’avais déjà fréquenté les silures en lac, mais je ne savais rien de leur comportement en eau courante. Pour commencer, nous avons été surpris de trouver les silures en activité durant toute la journée et par la curiosité dont faisaient preuve ceux-ci, y compris les petits spécimens. Il nous suffisait de nous immobiliser sur le fond et d’attendre une poignée de secondes avant de voir surgir un silure. Comme l’eau était relativement trouble et chargée de particules, nous ne les voyions qu’au dernier moment et ceux-ci venaient directement sur nous jusqu’au contact. Il n’y avait rien d’effrayant, le silure n’étant pas une espèce particulièrement agressive et il est de surcroît doté de toutes petites dents qui ne peuvent que griffer tout au plus. Je serai beaucoup plus inquiet face à un sandre, avec ses « canines » de plusieurs centimètres, qui afficherait les mêmes dimensions que le silure.
La scène était au contraire plutôt comique car les silures surgissaient de nulle part, nous passaient sous le bras, le long du dos ou au dessus de la tête et chacun de nous guettait la réaction de l’autre lorsqu’il allait découvrir qu’un silure de 2m se tenait 20 cm derrière sa tête.
Et quelle grâce dans tout cela ! Le silure ne nage pas, il fait corps avec son élément, il ondule sans effort, virevolte au dessus du fond et ceci avec tant de calme qu’on ne peut qu’être admiratif face à cette créature parfaitement adaptée à son environnement, ce seigneur des fleuves. Le clou du spectacle a été lorsque nous nous sommes retrouvés au milieu d’un banc d’une vingtaine de silures rassemblés sans doute en vue du frai. Il y en avait partout autour de nous et formaient une boule mouvante qui faisait penser à une meute de requins pacifiques. Incroyable ! Cette image restera gravée dans nos mémoires.
Quels reportages envisagez-vous actuellement ?
Je viens de finir un reportage sur la faune des lacs de montagne dans les Alpes. J’ai maintenant en projet avec Damien d’explorer la rivière d’Ain, à la recherche de ses truites géantes, et d’effectuer quelques plongée de nuit dans le lac du Bourget avec le club de Savoie Plongée. Enfin en septembre je dois suivre le DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) lors de fouilles qui auront lieu au lac du Bourget.
Photos et vidéo de ce reportage sont disponibles sur le site : www.remimasson.com

Commentaires
Bonsoir,
Remy Masson, merci de votre contribution sur l’élégance et mystère du glane. Lire une telle qualité de présentation fait de vous “l’art” que je comprend, et que j’admire.
Président
AIPSN-ICNPA-IWNV
Je viens de publier une interview de Rémi sur mon blog (http://blog.photo-scope.fr/interview/photographe/remi-masson-2267.html) qui je l’espère complètera celle-ci qui est au demeurant très intéressante.
Vincent